Expertise et Valorisation
Archéologique

Les statuettes de l'abbaye de Beaumont

En 2025, le laboratoire LandArc a mené l'étude du petit mobilier de la fouille de l'abbaye de Beaumont de Tours en 2023 dirigée par Philippe Blanchard de l'Inrap. Rassemblant plus de 3000 objets en métal, en os manufacturé et en terre cuite, la majorité appartient à la période moderne. Parmi eux, un lot d'une soixante de statuettes en terre cuite datant du XVIIe siècle qui permet de mieux comprendre l'usage de ces étonnants objets dans le contexte de l'abbaye.

Vierge

Statuette en terre cuite représentant Marie Madeleine et parallèle avec la peinture de Titien (1530-1535) (crédit LandArc)

Un lot d'objets très hétéroclite 

Le petit mobilier archéologique rassemble plus de 3000 objets en fer, en alliage cuivreux, en plomb, en matière dure d'origine animale et en terre cuite. Ces artefacts sont liés à la vie au sein de l'abbaye de Beaumont mais aussi à la mort puisque certaines d'entre eux constituent un mobilier funéraire déposé dans les sépultures fouillées. Pour les objets du monde des vivants, on retrouve un lot intéressant d'objets datés de la période carolingienne et de la fin du haut Moyen Âge, ainsi que des éléments caractéristiques du bas Moyen Âge et de la période moderne. Pour le mobilier funéraire, daté essentiellement des XVIe-XVIIIe siècles, ce sont principalement des épingles de linceul en alliage cuivreux, des restes de chapelet comme des perles de différentes formes, des pendants cruciformes notamment en os ou encore de nombreuses médailles en alliage cuivreux qui ont été inventoriés. 

 

Des statuettes en terre cuite étonnantes

Venant d'un même contexte archéologique, une tranchée de travaux, on dénombre près de 70 individus en terre cuite à caractère clairement religieux. Ce lot apparaît tout à fait singulier avec une hétérogénéité en terme de fabrication, de montage et de type d’argile. De plus, différents personnages sont représentés : l’ange prieur, la Vierge Marie, Saint-Jacques de Compostelle, l’Enfant Jésus, le Christ, Sainte Marie Madeleine, Saint Jean-Baptiste, Saint-Jérôme, Saint-Joseph, Saint-Jean l’Evangéliste, Saint-Antoine de Padoue ou encore le pélerin. 

L’étude détaillée a permis de préciser la datation de cet assemblage exceptionnel. L’évaluation chronologique repose sur un travail de comparaison en lien avec des œuvres d’art représentant les mêmes sujets (tableaux, sculptures, etc.) permettant ainsi de dater les statuettes entre le début du XVIe et le XVIIe siècle. Il semble que ces productions en terre cuite aient été influencées par l’essor de la peinture et de la sculpture de la Renaissance, notamment flamande, italienne et espagnole. Cette riche iconographie a très bien pu servir de modèle pour la fabrication de ces figurines religieuses, probable objets de dévotion.

 

Le cas du Christ en Ecce Homo

Un des exemples assez représentatif est la statuette qui montre un Christ humilié ou flagellé dont seule la tête n'a pas été conservée. Mesurant 13,6 cm de haut, le personnage est vêtu d'un long manteau fermé par une cordelette au cou. Ses mains sont attachées par une corde qui pend jusqu'au perizonium teint en noir. Ce type de représentation du cycle de la Passion se popularise à partir du XIVe siècle, et se développe notamment au début du XVIe siècle dans la peinture italienne et hollandaise notamment celle de Jan Mostaert dont le sujet de l’Ecce Homo est récurrent. Sur le plan artistique, l’Ecce Homo est une représentation de Jésus de Nazareth debout, couronné d'épines et revêtu d'une cape, ou d'une robe de pourpre, les deux mains entravées par une corde, tenant un sceptre de roseau, ou aussi un rouleau à la main, sanglant, pâle, dans l'état ou il a été présenté aux juifs par Pilâte en leur disant « Ecce Homo ! » (« Voici l’homme »). Cette représentation peut comporter des variantes selon les œuvres. Certaines statues sculptées en bois et en pierre reprennent ce sujet comme c’est le cas d’une statue en bois polychrome datée vers 1530 et conservée dans l’église Notre-Dame de Marissel de Beauvais (Oise). Des exemplaires en terre cuite datés des XVIe-XVIIe siècles ont été découverts lors de la fouille de l’îlot des Tanneurs à Lille.

 
statuettes anges

Statuettes d'ange en terre cuite (crédit LandArc)

statuette christ

Statuette lacunaire en terre cuite représentant le Christ en Ecce homo (crédit LandArc)

Nous avons réalisé l’étude du petit mobilier.
Elle comporte un catalogue raisonné associé à une synthèse organisée par catégorie fonctionnelle.

  •     Inventaire et analyse des ensembles mobiliers
  •     Synthèse générale par phase chronologique et typochronologie
  •     Suivi de l’étude en lien avec la rédaction finale du rapport

Fouille : 2023 (Philippe Blanchard, Inrap Centre-Île-de-France)
Maitre d'ouvrage : Inrap

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