Expertise et Valorisation
Archéologique

Les objets du bastion de Guînes

En 2023, la Maison de l'Archéologie du Pas-de-Calais a confié à LandArc l'étude du mobilier métallique et en bois venant des fouilles du bastion de Guînes (Pas-de-Calais) datant du XVIe siècle. Les objets constituent un lot exceptionnellement bien conservé associant des pièces d'armement et d'artillerie notamment un canon de type veuglaire sur reste d'affût, un casque de type chapel ainsi que des objets de la vie quotidienne comme des fragments de tonneau, un gobelet en bois ou encore une cuillère en étain avec une marque de fabrique. 

Casque chapel

Casque de type chapel du XVIe siècle et sa radiographie montrant les trous utilisés pour la fixation de la cagoule (crédit LandArc)

Contexte historique

Le bourg actuel de Guînes conserve peu de témoignages architecturaux de son passé médiéval et moderne alors qu’il a été le centre d’une seigneurie importante de la marge littorale du comté de Flandre par son influence politique et économique. Témoignant de cette histoire riche, Guînes, entre le IXe et le XVIe siècle, a été l’objet d’aménagements défensifs parfois d’ampleurs. Les opérations archéologiques réalisées depuis une vingtaine d’année ont permis de renouveler les connaissances sur le sujet et viennent compléter les études des historiens, notamment anglo-saxons qui se sont surtout attachés à l’étude de la période anglaise de Guînes (1352-1558). En effet, à la suite de la prise de Calais en 1347 par le roi d’Angleterre Édouard III, la couronne anglaise contrôle un territoire d’environ 300 km² dans l’arrière-pays : le Pale of Calais. Pendant plus de deux siècles (1352-1558), cette enclave constitue un enjeu majeur dans les relations conflictuelles entre les royaumes de France et d’Angleterre. Guînes, qui occupe une position stratégique au sud-est de l’enclave, face à Ardres, place française fortement militarisée, fait l’objet d’une attention toute particulière de la part de la couronne anglaise. Dès le XIVe siècle, une garnison est installée dans les murs, un gouverneur est nommé et des travaux de modernisation des fortifications sont entrepris comme à Calais.

 

Opération archéologique

Une fouille archéologique préventive réalisée en 2021 rue du Petit Moulin a mis au jour les vestiges un de ces ouvrages défensifs édifiés au mitan du XVIe siècle, un bastion d’angle et des tronçons d’enceintes. L’opération archéologique a été riche d’enseignements dans des champs d’étude variée. Elle a été notamment l’opportunité d’étudier en détail l’adaptation des fortifications à la poliorcétique du feu par les ingénieurs d’Henry VIII au XVIe siècle. L’organisation et l’économie du chantier ont pu être également appréhendées en confrontant les résultats de la fouille aux sources écrites et iconographiques.

 

Un mobilier archéologique exceptionnel 

La mise au jour d’un lot de 123 objets constitue un témoignage inédit de l’armement et du quotidien d’une garnison anglaise stationnée sur place. L’outillage tient une place non marginale dans ce corpus. Une enclume et une possible chasse à riveter, s’inscrivent dans une petite activité de métallurgie. Faucilles et fourche outre leur possible utilisation comme arme, ne sont pas en inadéquation avec la vie d’une garnison, notamment pour la nécessaire et quotidienne activité de fourrage. Les trois gouges, les deux maillets, le fer de bêche pourraient être rattaché à des activités agricoles ou d’artisanat mais également à l’équipement des troupes. La distinction des usages est toujours un exercice difficile, même si la présence de pièces plus spécifiquement dédiées au combattant, chapel, gardes d’épée, pince-moule à balle, boulets, boite à poudre et veuglaire, souffrent moins d’ambigüité. D’autres objets composant ce corpus concernent plus vraisemblablement à l’architecture et à l’ameublement (clés, serrure, poignée, etc.). 

Sans trop être influencé par le contexte historique du siège de 1558, il apparaît que le corpus contient des objets dont la typologie s’inscrit encore très largement dans la culture matérielle de la 2ème moitié du XVe siècle comme le casque de type chapel et les deux gardes d’épée dans les lignées des productions médiévales ou encore la pièce majeure de ce corpus, le veuglaire encore pourvu de son affut en bois constitue aussi une pièce d’artillerie de petit calibre. 

 

 

 
Veuglaire de Guînes

Veuglaire du XVIe siècle de Guînes (crédit CD62 - LandArc)

Gouge bois

Gouge en bois de Guînes (crédit LandArc)

Nous avons réalisé l’étude du petit mobilier.
Elle comporte un catalogue raisonné associé à une synthèse organisée par catégorie fonctionnelle.

  •     Inventaire et analyse des ensembles mobiliers
  •     Synthèse générale par phase chronologique et typochronologie
  •     Suivi de l’étude en lien avec la rédaction finale du rapport

Fouille : 2021 (Jean-Michel Willot, CD62)
Maitre d'ouvrage : CD62

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